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Qu'est-ce que le Flux par rapport au Web?


On me pose beaucoup de questions à propos du Flux, et surtout, on me presse de fournir la définition la plus succincte possible de la chose, mais voilà, cette définition, si elle existe, est aussi intangible et fluide que le Flux lui-même. Je vais tout de même tenter de vous la préciser.

Tout comme les logiciels sont une couche qui se superpose au système d'exploitation de votre ordinateur ou de votre téléphone portable, le Flux, formé de toutes nos interactions et de nos actes de conversation est une couche qui se superpose au Web. Alors que le Web est formé d'un ensemble de pages, des contenus en quelque sorte, le Flux, lui, est formé de tous nos actes de conversation et de nos interactions.

Avant que le Web existe, et que l’on commence à le voir apparaître dans la sphère publique vers 1995 avec l’arrivée du navigateur Netscape, Internet existait déjà. Le Web et son protocole, le HTML, sont venus se superposer à Internet, tout comme les logiciels que vous utilisez sur votre ordinateur viennent se superposer au système d’exploitation. Aujourd’hui, pour plusieurs d’entre nous, Internet et le Web sont une seule et même chose, alors que ce n’est pas du tout le cas. Internet c’est avant une infrastructure technologique gérée par un protocole de transmission de l’information, le TCIP/IP duquel découlent plusieurs autres sous protocoles.


Depuis quinze ans déjà, le courrier électronique et le Web sont la lingua franca de nos relations avec Internet. Par contre, depuis l’arrivée des médias sociaux et de leur montée en puissance, émerge une toute nouvelle forme de relation avec Internet. Une nouvelle couche est en train de se superposer au Web : le Flux. En fait, on pourrait dire que Google Wave, Twitter et tous les autres outils de microblogging représentent ce début tâtonnant d’interaction avec le Flux.


Le Flux est composé de toutes nos interactions. Il est mouvant, en constant changement et n’est jamais le même d’une microseconde à l’autre. Il est tellement changeant que, si vous lisez ce livre dans cinq ou dix ans, peut-être que des noms comme Twitter et Facebook feront partie de l’histoire. La crise économique de la fin de la décennie 2000 nous a tous démontré que même les géants peuvent s’effondrer, et l’une des caractéristiques du Flux c’est d’être instable et insaisissable.


Afin que nous puissions entrer en interaction avec le Flux, toute une flopée d’applications se développe : les éditeurs de flux, les outils de syndication de flux, les agrégateurs de flux, les lecteurs de flux, les filtres de flux, les moteurs de recherche en temps réel accolés aux flux, les analyseurs de flux, les réseaux de publicité intégrés aux flux, les portails de flux, etc. Tous ces nouveaux services nous donnent un bref aperçu du Flux sans pouvoir le saisir pour autant. Nous en sommes au tout début de l’ère du Flux, et est bien malin qui pourrait dire quels en seront les impacts. Par contre, si on en fait une lecture fondée sur des paramètres portant sur des impacts sociaux et non technologiques, on peut éventuellement en dégager certaines pistes intéressantes. 


Que nous le voulions ou non, le Web est un flux. En fait, il s’agit d’un flux composé de plusieurs flux. Chaque site peut être considéré comme un flux de pages qui se modifient à travers le temps. Chaque page peut-être considérée comme un flux de mots qui changent dès qu’on les édite. Chaque page d’un site peut aussi être considérée comme des flux de pages qui se développent dans diverses directions.


Avec l’arrivée des blogues, des fils RSS et des microblogues, la notion de flux devient de plus en plus évidente, visible et tangible. Les flux nous proviennent de partout, constamment, et sans cesse. Dans le Flux, l’interaction est le mot clé, autrement dit, le verbe qui initie l’interaction. Sans « interacteur » il ne peut y avoir d’interaction, donc pas de flux.

 




Structurellement, le flux est composé d’interacteurs : agents, messages et interactions. Autrement dit, ce sont les intrants de base, les conditions sine qua non pour qu’un flux existe.

 

·        Agents : ensemble des gens et des logiciels qui publient vers des flux.

·        Messages : publications des gens et des logiciels redirigées vers des flux.

·        Interactions : actes de conversation tels que messages directs, réponses ou citations qui connectent et transmettent des messages entre agents.

 

Les agents émettent des messages qui permettent à ceux-ci d’entrer mutuellement en interaction. Cette chaîne, agents-messages-interactions, est constitutive du Flux. Sans cette chaîne, il n’y a pas de flux. Vous me direz peut-être que cette structure ressemble à s’y méprendre avec celle de la communication humaine, et je vous répondrai que je suis entièrement d’accord avec vous, à la différence près, et pourtant majeure, que cette chaîne est supportée par une infrastructure technologique gérée par des protocoles de communication, tandis que la communication entre deux personnes, sans aucune technologie interposée, est supportée par une infrastructure neurologique gérée par des codes culturels collectivement partagés. Dans le cas du Flux, l’interaction est toujours efficace, tandis que dans le cas de la communication humaine entre deux personnes, la communication n’est jamais tout à fait efficace.


Une fois que le Flux « existe », il initie inévitablement trois types de comportements : l’incessant changement du flux, sa neutralité en ce qui concerne l’interface, et la conversation par technologies interposées.

 

·        Changement : sans celui-ci, le flux n’a strictement aucune valeur, ce qui n’est pas le cas d’un site Web. Un site Web n’a pas besoin de changer pour avoir de la valeur. Une page Web, même statique, est une collection d’informations pertinentes, et c’est ce qui lui confère sa valeur intrinsèque. Par contre, le Flux, s’il n’était pas changeant et dynamique, serait tout à fait inutile et non pertinent.

·        Neutralisation de l’interface : les flux sont des flux de données, et on peut librement y accéder indépendamment de toutes interfaces. En d’autres mots, il n’est pas nécessaire de disposer d’une quelconque interface pour les visualiser, juste d’outils que l’on peut configurer à sa guise pour y accéder et en prendre connaissance. Un site Web, quant à lui, est uniquement accessible par le truchement d’une interface qu’un concepteur a mise en place. Dans l’univers du Web, celui qui conçoit la page d’un site contrôle l’interface, tandis que dans l’univers du Flux, le consommateur de flux contrôle l’interface.

·        Prédominance de la conversation : dans l’univers du Web, ce sont les hyperliens qui déterminent ce qui aura de l’importance ou non, alors que dans l’univers du Flux ce sont les actes de conversations qui déterminent la popularité ou l’importance d’un Flux.

 

On tente une définition ?

Le flux collectif est ce transit incessant d’informations sur Internet au travers duquel nous entrons en interaction. Il est notre avenir collectif en tant que valeur numérique collectivement partagée.



Flux - Réalité sociale augmentée - Tome 1