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Blogue : chronique d'une mort annoncée

Le titre peut vous paraître hérétique ou bien une apostasie envers la foi de l'expression démocratisée pour tous sur le Web. Avec un tel titre, j'entends déjà les gourous du Web crier haro sur le baudet ! Il est certain que mon titre soulèvera des débats, et c'est le but que je vise. 

Dans le premier tome traitant du Flux et intitulé « Flux - Réalité sociale augmentée », j'ai fait la démonstration de deux phénomènes importants: l'egocasting et l'everyware, et dans un article récent paru sur RezoPointZero, j'ai discuté du Web en temps réel. En fait, le Web tel que nous le connaissons, est en voie de subir une métamorphose en profondeur. 

L'egocasting se déplacera depuis le blogue vers les actes de conversation. Les blogues ne sont pas, et ne seront jamais la révolution de la démocratisation de l'expression que nous en attendions, pour la simple raison qu'il est plus facile d'obtenir la reconnaissance de soi par le truchement d'actes de conversation que par la rédaction de billets d'humeur, car ne nous le cachons pas, c'est ce que sont en majorité les blogues.

Comme je l'ai très bien expliqué. l'egocasting a deux volets: 
  1. La possibilité de consommer les contenus qui nous plaisent au moment où on le veut, à l'endroit où on le veut et sur le support que l'on veut. En fait,  le numérique nous a permis de détemporaliser, de délocaliser et de dématérialiser les contenus. Les contenus sont devenus des commodités abondantes et possèdent de moins en moins cet aspect de rareté qui les caractérisaient. Par exemple, nous avions une relation toute particulière avec l'objet qu'était un disque de vinyle ainsi que sa pochette. Le contenu était lié à un contenant, et il y avait tout un rituel qui conduisait à l'écoute du disque vinyle. Aujourd'hui, nous voulons plutôt consommer des contenus
  2. Comme jamais auparavant, nous nous sommes dotés d'outils de diffusion de l'information incroyablement puissants, à la portée de tous, sans contrainte, sans censure et sans filtre à des coûts d'utilisation avoisinant le zéro. Aujourd'hui, pour faire connaître son opinion, il n'est plus du tout nécessaire de faire appel à un journal, la télé, la radio ou le livre. Il suffit tout simplement d'utiliser un blogue, Facebook, YouTube, Twitter, etc. L'information est devenue abondante, n'est plus rare et a perdu la valeur qui la caractérisait.
En fait, ces deux aspects de l'egocasting nous ont redonné le complet contrôle sur ce que nous voulons consommer et diffuser. Nous avons acquis la maîtrise, l'autonomie et la vitesse sur nos propres communications et sur nos propres choix de consommation. Que demander de mieux ?

L'effet pervers de cette possibilité de pouvoir diffuser les contenus que vous voulez, fait en sorte que vous avez la possibilité de vous exprimer sans contrainte, mais que, mathématiquement, presque personne ne vous écoute. Du broadcasting (télévision généraliste) ou des millions de gens écoutent, en passant par le narrowcasting (câble et satellite) ou des dizaines de milliers de gens écoutent, nous en sommes rendus à l'egocasting où seulement quelques personnes écoutent, aussi bien dire, presque personne par rapport au broadcasting et au narrowcasting.

Par exemple, le blogue, cet outil que les gourous du Web avaient pressenti comme étant le nouveau média par excellence de la démocratisation de l'expression, n'a pas du tout atteint son but. Dans la majorité des cas, il a servi à faire de l'épanchement d'humeur et à permettre au premier venu de dire n'importe quoi n'importe quand. Certains blogueurs ont même pensé que le blogue pourrait un jour remplacer le journalisme, et ont même cru que cette heure était enfin arrivée lorsque les médias traditionnels sont entrés dans une crise structurelle profonde. En fait, ils ont joyeusement mélangé le genre avec les circonstances. Certes, les médias sont en crise, mais le blogue ne remplacera jamais les médias qui trouveront bien le moyen de se renouveler.

Concrètement, personne ne s'intéresse aux blogueurs, mis à part quelques cas exceptionnels. Soyez sincères et répondez à la question suivante: consultez vous les blogueurs pour vous tenir informés ? Et votre réponse est... ? Dans l'univers du blogue vous vous exprimez, mais personne ne vous écoute. Dans l'univers des actes de conversation, par exemple Twitter, vous « conversez » et vos amis vous écoutent.

Pourquoi le blogue est-il une espèce non pas en voie de disparition, mais en voie de diminution prononcée ? Parce que tenir un blogue est une tâche qui exige de la part de son propriétaire de s'y investir, de rédiger régulièrement des billets pour soutenir l'intérêt et d'innover. Et ça, bien que ça puisse choquer plusieurs d'entre vous, faire une telle démarche n'est pas à la portée de tous. Écrire correctement et de façon argumentée est un exercice qui exige rigueur, méthode et discipline, ce qui n'est pas forcément l'apanage de la majorité.

Le sauveur du blogue : l'acte de conversation
Ne vous en faites pas, le blogue ne disparaîtra pas. Certains blogueurs compétents et intéressants poursuivront leur travail qui, dans la plupart des cas, est fort utile à des milliers de gens, voire parfois même à des dizaines de milliers de gens. Ce qui sauvera le blogue ce sont les actes de conversation que des outils du genre de Twitter permettent. S'exprimer en de courtes phrases, mal construites ou non, est à la portée de tous. Les outils de microblogging permettront de retirer les « trolls » de la blogosphère et ces derniers migreront directement sur le Flux, cet incessant mouvement composé de toutes nos interactions. 

En fait, les actes de conversation sont en passe de changer complètement la donne sur le Web. Ce ne sont plus les hyperliens qui détermineront la popularité ou la pertinence d'un site, ce sont nos actes de conversations et tous nos échanges. Dans un seul acte de conversation nous sommes en mesure de contextualiser un concept et de donner du sens à ce que nous transmettons. L'échange directe est beaucoup plus en lien avec nos racines grégaires. La rédaction d'un billet sur un blogue est un acte d'isolement par rapport à autrui par le truchement duquel nous espérons un commentaire ou une reconnaissance qui ne vient hélas pas toujours. L'acte de conversation est un acte d'ouverture et non d'isolement par rapport à autrui. L'acte de conversation est presque toujours gratifiant, car nous savons que, à l'autre bout de l'acte de converasation, il y a quelqu'un pour converser, ce qui fait toute la différence.

L'avenir du Web c'est l'acte de conversation et non le blogue. La blogosphère, au cours des cinq prochaines années, se réduira considérablement pour faire place aux actes de conversation qui deviendront de plus en plus prédominants. Déjà, avec l'everyware (Internet embarqué dans des périphériques portables) qui se prête mieux à l'acte de conversation qu'à la lecture et la réflexion, les iPhone de ce monde remodèleront notre relation à l'information. Nous sommes ni plus ni moins que conviés à une révolution dans notre façon de consommer et produire de l'information par le truchement de nos actes de conversation. 

Le Flux
Nous somme entrés dans l'ère du Flux par le truchement de nos actes de conversation. Le Flux est composé de toutes nos interactions ; il est mouvant, en constant changement et n’est jamais le même d’une microseconde à l’autre. Le Flux est composé d’interacteurs (agents, messages et interactions) qui entraînent un changement dans le Flux tout en utilisant une non interface qui produit éventuellement des actes de conversation. Le Flux est aussi composé de tout ce que nous mettons en circulation sur celui-ci (pages Web, vidéos, audios, images, etc.). Ce qui donne du sens au Flux, ce ne sont plus les hyperliens, ce sont nos actes de conversation, nos intérêts du moment en quelque sorte. Le Flux crée des Maintenants. 

Le Maintenant c’est un moment précis de notre activité collective sur l’ensemble de tous les flux. C’est en quelque sorte une photo de l’activité intellectuelle planétaire à un moment bien précis.

Le Flux a déjà des impacts sur notre société, mais les plus importants de ceux-ci sont à venir, et nous sommes déjà tous collectivement en train de les mettre en place.
Flux - Réalité sociale augmentée - Tome 1