N'en déplaise aux technoévangélistes, il n'y aura pas de Web 3.0, ce Web que l'on dit sémantique. Il se peut fort bien que vous ne sachiez pas ce qu'est le Web 3.0, comme il se peut fort bien que vous ne sachiez pas encore ce qu'est le Web 2.0. En fait, à moins d'être un afficionado d'Internet, ces classifications et ces dénominatifs ont peut être peu de consonance pour vous. Je connais même plusieurs jeunes de la Génération C (12-24 ans) qui ne connaissent même pas l'expression Web 2.0 et qui, pourtant, utilisent les outils que l'on dit découlant du Web 2.0, c'est-à-dire, les médias sociaux. Alors, dites-vous bien que si des membres de la Génération C ne connaissent pas ce dénominatif, imaginez ce qu'il en est de maman et papa ? !
D'un point de vue strictement ontologique, le Web représente les pages statiques que l'on consulte sans pouvoir interagir, et le Web 2.0 représente l'univers de l'interaction: blogue, Facebook, MySpace, YouTube, etc. Toujours selon cette logique, l'inventeur du Web, Tim Berners Lee, envisage le Web dans une dimension sémantique, ou le Web 3.0 comme les chantres du Web aiment le qualifier.
Ce Web sémantique, selon son idéateur, sera celui qui vous permettra de mettre en relation toutes les informations en faisant appel, via de complexes structures informationnelles, au classement sémantique des données par les producteurs d'information. Par contre, quand on connait un tant soit peu tous les problèmes reliés à la sémantique, et si à plus forte raison on est comme moi, linguiste, on voit là un bond à la fois quantitatif et qualitatif d'une ampleur importante.
En fait, le Web 3.0 ne sera pas sémantique, car il n'y aura pas de Web 3.0, pour la simple raison que ce serait poursuivre dans la logique du Web, alors que nous sommes déjà dans la logique du Flux. Et qu'est-ce que le Flux ? Le Flux est ce transit incessant d’informations sur Internet au travers duquel nous entrons en interaction. Il est notre avenir collectif en tant que valeur numérique collectivement partagée.
Depuis 15 ans déjà, le courrier électronique et le Web sont la lingua franca de nos relations avec Internet. Par contre, depuis l’arrivée des médias sociaux et de leur montée en puissance, émerge une toute nouvelle forme de relation avec Internet. Une nouvelle couche est en train de se superposer au Web : le Flux. En fait, on pourrait dire que Google Wave, Twitter et tous les autres outils de microblogging représentent ce début tâtonnant d’interaction avec le Flux.
Le Flux est composé de toutes nos interactions ; il est mouvant, en constant changement et n’est jamais le même d’une microseconde à l’autre. Le Flux est composé d’interacteurs (agents, messages et interactions) qui entraînent un changement dans le Flux tout en utilisant une non interface qui produit éventuellement des actes de conversation. Le Flux est aussi composé de tout ce que nous mettons en circulation sur celui-ci (pages Web, vidéos, audios, images, etc.). Ce qui donne du sens au Flux ce ne sont plus les hyperliens, ce sont nos actes de conversation, nos intérêts du moment en quelque sorte. Le Flux crée des Maintenants. Le Maintenant c’est un moment précis de notre activité collective sur l’ensemble de tous les flux. C’est en quelque sorte une photo de l’activité intellectuelle planétaire à un moment bien précis.
Le Flux a déjà des impacts sur notre société, mais les plus importants de ceux-ci sont à venir, et nous sommes déjà tous collectivement en train de les mettre en place.
Et qu'en est-il du Web sémantique ? Le sens est déjà contenu dans nos actes de conversation. Suffit juste maintenant de mettre au point des outils appropriés pour contextualiser nos actes de conversation.
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